
Ciencia y Educación
(L-ISSN: 2790-8402 E-ISSN: 2707-3378)
Vol. 7 No. 10.1
Enero del 2026
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sémiotiques des dispositifs numériques.
L’extension des dispositifs numériques dans
l’école s’accompagne d’une série de
déplacements conceptuels qui méritent d’être
explicités. Tout d’abord, le numérique n’est pas
seulement un ensemble d’outils ; il correspond
à une transformation des régimes de visibilité et
d’intelligibilité des apprentissages. Les
plateformes, environnements numériques de
travail et applications éducatives produisent des
formes de mise en scène de l’activité scolaire :
elles rendent certaines actions immédiatement
repérables (connexion, clic, dépôt d’un fichier,
vali-dation d’une étape), tout en laissant dans
l’ombre d’autres dimensions essentielles
(hésitations, reprises, construction progressive
d’un raisonnement, articulation conceptuelle,
déplacement d’un point de vue). Cette
dissymétrie fait du numérique un opérateur de
sélection silencieux : ce qui est rendu visible
tend à être perçu comme ce qui compte, y
compris lorsque cette visi-bilité ne correspond
pas à la compréhension effective. À travers
cette mise en scène technique de l’activité,
l’école se trouve confrontée à un risque de
glissement : mesurer l’activité plutôt que
qualifier l’apprentissage, observer des traces
plutôt qu’interpréter des processus.
Cette question de la visibilité est indissociable
d’un second déplacement, plus discret encore :
la transformation des rapports ordinaires à
l’écrit. Les dispositifs numériques éducatifs
intensi-fient la production de traces écrites sous
des formes variées (réponses courtes,
commentaires, dépôts de fichiers, formulaires,
messages, exercices interactifs). Ils font de
l’écriture une activi-té quasi permanente, mais
une écriture souvent fragmentée, délinéarisée,
étroitement cadrée par des formats. Or, la
relation à l’écrit ne se réduit pas à une
compétence technique ; elle con-stitue un
rapport culturel et scolaire inégalement
distribué. Lorsque le numérique multiplie les
occasions d’écrire, il ne garantit pas que les
élèves accèdent aux exigences de mise en forme
du raisonnement, d’explicitation du lien entre
idée et preuve, d’organisation argumentative.
Les élèves peuvent produire des écrits
conformes au format attendu, sans accéder au
régime sco-laire de l’écrit, celui qui engage une
mise à distance, une structuration et une
problématisation. Le numérique peut alors
renforcer une tension constitutive de la scolarité
contemporaine: l’écart entre l’écrit comme trace
d’exécution et l’écrit comme instrument de
pensée.
Dans le même mouvement, le numérique
éducatif reconfigure le statut scolaire de
l’information. L’accès élargi à des ressources
(documents, vidéos, exercices, encyclopédies,
contenus institutionnels) nourrit une
représentation implicite selon laquelle
l’apprentissage consisterait principalement à
trouver, sélectionner et restituer des
informations. Pourtant, la tradition scolaire
repose sur une distinction fondamentale entre
information et savoir: l’information n’est pas un
savoir tant qu’elle n’est pas interprétée,
hiérarchisée, mise en rela-tion et inscrite dans
un cadre de légitimité disciplinaire. La difficulté
n’est donc pas l’abondance d’information, mais
la capacité à construire la pertinence : identifier
ce qui fait preuve, dis-tinguer l’exemple de la
règle, transformer une donnée en argument,
situer un énoncé dans une logique conceptuelle.
Or, cette capacité à construire la pertinence est
précisément l’une des dimensions les plus
implicites de l’enseignement, souvent supposée
acquise par les élèves. Dès lors, l’abondance des
ressources numériques peut paradoxalement
accroître les malentendus: certains élèves
interprètent la tâche scolaire comme une
recherche d’information, alors que l’attendu
scolaire porte sur la mise en forme d’un